CIF Métal
{acf_vo_headline}

Les restrictions à l’embauche de travailleurs temporaires pourraient forcer des entreprises à délocaliser une partie de leur production à l’extérieur du Québec, préviennent des membres de l’Alliance pour la main-d’œuvre étrangère.

Cette association rassemble une quinzaine d’entreprises manufacturières, petites et grandes, situées en région et dans l’agglomération de Montréal. Depuis plusieurs mois, elle mène une croisade pour que soit allégée la réglementation fédérale sur les travailleurs étrangers temporaires (TET).

Ottawa limite actuellement à 10 % la proportion maximale de TET au sein d’une entreprise. Avant août 2024, ce chiffre était fixé à 20 % dans le secteur manufacturier.

« On regarde actuellement nos options pour investir à l’extérieur du Québec », admet Claude Blanchet, directeur général de CIF Métal, spécialisé dans la fabrication de pièces d’aluminium.

La fonderie de Thetford Mines, qui emploie 165 personnes, a déjà atteint une proportion de TET frôlant les 50 %. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, ce chiffre est en décroissance, au fur et à mesure de l’expiration des permis de travail.

« J’ai perdu deux employés à l’automne et je vais en perdre six autres dans les cinq à huit prochains mois », indique M. Blanchet.

Comme bon nombre d’entreprises manufacturières, CIF Métal a, depuis plusieurs années, d’énormes difficultés à recruter une main-d’œuvre locale dans les métiers spécialisés.

Même si les contrats s’accumulent, les installations de CIF Métal tournent seulement à la moitié de leur capacité.

« J’ai déjà 15 postes que je n’arrive pas à combler, et je devrais en créer 15 autres pour honorer un nouveau contrat. Je ne sais pas comment je pourrais y arriver. Je vais devoir laisser aller certains clients. Pour la plupart, ça risque d’être des clients du Québec », se désole Claude Blanchet.

L’entreprise explore activement la possibilité de faire affaire avec des sous-traitants et de délocaliser une partie de sa production à l’extérieur du pays, que ce soit aux États-Unis ou en Asie.

« Notre souhait premier, c’est de rester et de se développer à Thetford Mines. Par contre, si on veut que l’entreprise soit pérenne, on doit regarder d’autres options à l’extérieur du Canada », soutient M. Blanchet.

Pour une clause de droits acquis

Chez Groupe Meloche, qui fabrique des pièces pour des géants de l’aérospatiale, comme Bombardier et Pratt & Whitney, on a amorcé des démarches du côté du Mexique et de l’Europe.

« C’est dommage parce qu’il y a une partie de cette croissance qu’on aurait été capable de faire au Québec si on avait les travailleurs nécessaires. Mais quand on fait nos prévisions à long terme, on ne sera pas capable de répondre à la demande », confie Hugue Meloche, p.-d. g. de l’entreprise, qui compte 600 travailleurs répartis dans six usines, en Montérégie, en Estrie et dans la grande région de Montréal.

Le groupe s’attend à perdre 32 machinistes en 2026, avec à la clé une réduction de 6 millions de dollars de ses ventes annuelles. Tout cela dans un contexte où la demande en aérospatiale est en forte croissance.

« Nos compétiteurs sont partout dans le monde. Pour être compétitif, il faut que les machines tournent sept jours sur sept, 24 heures par jour. C’est là que nos travailleurs migrants viennent nous aider grandement. Les quarts de nuit ou de fin de semaine, il n’y a plus beaucoup de Québécois qui veulent faire ça. Tandis que pour les travailleurs migrants, c’est souvent leur porte d’entrée. »

L’Alliance pour la main-d’œuvre étrangère milite pour qu’une clause de droits acquis soit accordée afin que les entreprises puissent conserver les TET déjà en poste.

« Le minimum qu’on demande, c’est au moins protéger ceux pour qui on a investi des milliers de dollars », souligne Hugue Meloche, en rappelant les sommes d’argent importantes — billets d’avion, formation et autres frais administratifs — consacrées à l’embauche de TET.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Oui SVP, inscrivez-moi à l'infolettre du Val-Ouest pour recevoir un lien vers les nouveaux articles chaque semaine!

À lire aussi